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Aviation mondiale et COVID-19: possibles solutions

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COVID-19 exige que l’on songe à des solutions afin que les compagnies aériennes reprennent leurs activités de manière efficace après la crise soutient l’expert en aviation Jean-Marc Bourreau

  • Le secteur de l’aviation oppose santé et économie
  • Une vision unilatérale est requise pour proposer des solutions multilatérales
  • La reprise nécessitera des investissements majeurs et une concertation mondiale
  • Une réponse mondiale doit être développée dès maintenant

Quel avenir pour le secteur de l’aviation si la crise perdure?

COVID-19 continue d’avoir des répercussions sur toutes les sphères d’activité à travers le monde.

L’aviation est un secteur qui a été durement touché. Depuis janvier 2020, l’industrie du transport aérien a vu ses revenus fondre. D’ici la fin de l’année, l’Association internationale du transport aérien prévoit que les compagnies aériennes perdront entre 63 et 113 milliards.

De son côté, le Conseil international des aéroports estime que la perte totale des aéroports s’élèvera à 46 milliards. C’est sans compter les milliers d’emplois abolis par les transporteurs depuis l’entrée en vigueur des restrictions de voyage.

Bien entendu, l’aviation rebondira un jour. La question est de savoir comment l’industrie peut s’y préparer bien qu’il soit difficile de prédire l’avenir.

Une chose est sûre : les aéroports et les transporteurs aériens devront veiller à la santé de leurs passagers et du personnel. Ils devront aussi respecter les exigences sanitaires de chaque pays.

Cet article s’articule autour de deux sujets :

  1. Les principaux paradoxes susceptibles de survenir au fur et à mesure que le secteur de l’aviation affronte la pandémie.
  2. Les multiples scénarios postpandémie et comment l’industrie peut revenir à son état pré-COVID.

COVID-19 et paradoxes du secteur aérien 

L’industrie de l’aviation est structurée selon un réseau complexe d’entités publiques et privées.

Aujourd’hui, une grande partie du trafic aérien et de la chaîne d’approvisionnement de l’aviation repose sur le secteur privé. Pourtant, plusieurs des services présents dans les aéroports sont publics : police, immigration, douanes et services de santé, entre autres.

Il faut reconnaitre que les deux secteurs ont des intérêts opposés. Dans des circonstances normales, certaines de leurs contradictions fondamentales restent cachées. Mais la COVID-19 les a exposées.

C’est ce qui nous mène à deux paradoxes. Si le coronavirus a fragilisé l’industrie aéronautique, il sert aussi de leçon. La pandémie offre une occasion pour les parties prenantes, les opérateurs et les responsables gouvernementaux de voir comment les aéroports fonctionnent réellement en période de crise.

Santé et économie 

Le premier paradoxe concerne la santé publique et l’économie. Un des rôles clés du secteur public est d’assurer la santé et le bien-être des citoyens. Le rôle du secteur privé, en revanche, est de générer des profits en répondant aux besoins du marché.

Ce dernier créé de la valeur et de la richesse qui se traduisent par de meilleures conditions de vie pour la main-d’œuvre. Bref, le secteur public fournira des services en ayant à l’esprit le bien-être de la société, tandis que le secteur privé ne cherche qu’à être profitable.

Dans le cadre de la crise actuelle, le secteur privé profitera de toutes les occasions de générer des profits et de fournir des services de transport aérien. Les fonctionnaires auront la responsabilité de limiter ces occasions, dans la mesure où elles sont un risque public.

Bien que le secteur public prenne les décisions définitives, rappelons que c’est le secteur privé qui, ultimement, génère des fonds. Qui plus est, seule une poignée de compagnies aériennes ont la capacité de continuer à fonctionner sans revenus pendant un certain temps.

Ce paradoxe soulève deux questions essentielles :

  • Pendant combien de temps les États peuvent-ils assurer la survie de leurs compagnies aériennes et des autres activités connexes de la chaîne d’approvisionnement de l’aviation tout en évitant les faillites?
  • Quelles mesures peuvent être mises en œuvre pour permettre aux entreprises de fonctionner tout en assurant la sécurité des citoyens (et des utilisateurs)?

Puisque toutes les autorités en matière d’aviation doivent se pencher sur ces questions, les prochains mois risquent de faire la lumière sur ces questions, car le secteur deviendra un véritable laboratoire de nouvelles politiques et de mesures.

Vision unilatérale et vision multilatérale 

Soulignons que les États ont pour la plupart réagi à la pandémie en privilégiant l’isolement, c’est-à-dire que presque tous les pays ont décidé de réduire les vols unilatéralement. À première vue, il s’agit d’une décision raisonnable. Les institutions, la préparation et les systèmes de santé, ainsi que les différences culturelles, varient d’un pays à l’autre. Il n’est donc pas surprenant que les États aient abordé la crise de différentes manières.

Pourtant, cette approche unilatérale a permis au virus de se propager à un rythme exponentiel.

Il pourrait être utile de passer à une vision multilatérale. Le multilatéralisme permettrait de coordonner la prise de décision afin d’assurer la santé des voyageurs.

Les pays d’origine et de destination peuvent coopérer pour s’assurer que les passagers des vols soient en bonne santé et que des mesures de précaution, telles que la quarantaine et la traçabilité, soient appliquées si nécessaire.

À la lumière de ce que l’on sait, nous pouvons observer deux phénomènes :

  • Plusieurs des gestes posés en réaction à la crise le sont presque exclusivement à l’échelle nationale bien que la crise soit mondiale.
  • Malgré que la crise soit de nature publique, de nombreuses réponses « de première ligne » proviennent du secteur privé, sans orientation claire du secteur public.

Il en résulte que les compagnies aériennes du monde entier continueront à opérer tout en étant soumises à la demande. Lorsque les gens choisissent le premier vol disponible pour rentrer dans leur pays, ils risquent de transporter le virus avec eux et d’infecter les travailleurs de première ligne en cours de route, à tous les niveaux de la chaîne d’approvisionnement de l’aviation.

Scénarios pour la reprise économique 

C’est une question de temps avant que le ciel ne soit à nouveau rempli d’avions. Bien entendu, l’objectif est d’en arriver à ce point avec confiance plutôt que dans l’incertitude.

Plusieurs scénarios de reprise économique ont été publiés à ce jour :

  • Certains estiment qu’après le point fort de la crise, l’industrie reviendra progressivement à un état pré-COVID. Les gens recommenceront à voyager. Ils s’attendent à un fort rebondissement en 2021.
  • D’autres pensent que le point fort de la crise laissera pendant longtemps des asymétries économiques entre les États. La crise économique qui s’ensuivra empêchera un retour immédiat à l’état pré-COVID. Le rétablissement des services aériens sera inégal.
  • Enfin, il est aussi possible que le point fort de la crise dure beaucoup plus longtemps que prévu. En raison du risque de recontamination mondiale (en l’absence de vaccin), les voyages ne reprendront pas de sitôt à leur niveau antérieur. Dans un tel scénario, la crise économique sera encore plus grave. Le chemin vers la reprise dans le secteur de l’aviation pourrait durer jusqu’à deux ou trois ans.

Les conditions liées à la reprise 

Indépendamment du temps et des difficultés nécessaires afin que l’industrie se remette sur pied, une éventuelle reprise complète doit répondre aux critères suivants :

  • La sécurité des passagers et la mise en place de mesures satisfaisantes de protection de la santé.
  • Les compagnies aériennes, les aéroports et l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement devront être protégés financièrement, et des procédures de protection sanitaire adéquates devront être mises en place pour le personnel.

Étant donné la nature transnationale de l’aviation, il est évident que la réalisation de ces objectifs de relance nécessite un effort mondial. C’est pourquoi les organisations internationales en matière d’aviation doivent faire preuve d’initiative et concevoir une réponse mondiale :

  • Fournir des lignes directrices et des procédures aux compagnies aériennes et aux aéroports afin d’assurer la sécurité et la santé des passagers et des équipages. Par exemple, des mesures de distanciation physique appropriées peuvent être implantées dans les aéroports et dans les avions. La technologie peut également être mise à profit pour réduire au minimum les contacts entre les agents chargés du contrôle des frontières et les passagers.
  • Fournir de nouvelles procédures internationales de facilitation pour faire face aux pandémies qui seraient acceptables pour tous les États membres de l’Organisation de l’aviation civile internationale (la facilitation se veut la gestion efficace des processus de contrôle aux frontières pour accélérer le dédouanement des avions, des passagers/équipages, des bagages, du fret et prévenir les retards inutiles).

D’autres organisations peuvent aussi jouer un rôle pour accélérer la reprise du secteur aérien :

  • Les gouvernements doivent créer des plans de soutien financier appropriés pour les entreprises et le personnel de leur industrie aéronautique nationale. Comme les vols se font plus rares en raison des restrictions mondiales, les gouvernements doivent aider le secteur à se maintenir à flot.
  • Le secteur privé peut fournir des services aux marchés où des mesures sanitaires appropriées sont en place, sans pour autant laisser le champ libre à une recontamination des zones exemptes de virus.
  • Les institutions financières internationales peuvent fournir une assistance financière et technique pour la mise en œuvre des mesures nécessaires lorsque les États ne disposent pas de telles ressources. De nombreux États seront ravagés par les conséquences économiques de la COVID-19 et ne pourront pas soutenir leur industrie aéronautique sans l’aide de ces institutions.

Bref, les États ne voudront pas autoriser la reprise du trafic aérien tant qu’il n’y aura pas de garantie qu’aucun nouveau cas de COVID-19 ne sera importé ou que des mesures de protection sanitaire suffisantes seront mises en place.

Pour y parvenir, les organisations internationales en matière d’aviation et les États doivent coopérer pour mettre en œuvre des mesures sanitaires et financières. Cela renforce l’importance d’une approche multilatérale dans la gestion de l’industrie aéronautique.

Les prochaines étapes pour relancer le transport aérien

Il est trop tôt pour dire à quoi ressemblera le secteur de l’aviation l’an prochain. Nous pouvons cependant envisager trois réalités :

  • Une certaine forme de restrictions mondiales sur les voyages restera en vigueur pour les services non essentiels
  • Des voyages entre un mélange de pays libres de COVID-19 et de pays où le virus est toujours présent
  • Retour à un environnement sans virus

En fonction des avancées médicales, les trois scénarios sont possibles, et tous se réaliseront probablement à un certain point. Chaque scénario nécessite des adaptations et des procédures de fonctionnement différentes, avec des niveaux d’accord variables entre les États.

Ce ne sera pas facile, car la COVID-19 reculera de manière inégale. Par exemple, un aéroport situé dans un pays exempt de cas pourrait devoir accueillir des vols en provenance d’un pays qui lutte encore contre le virus.

Une première étape consisterait à définir des scénarios possibles auxquels les pays seront confrontés et à s’entendre sur ces scénarios. Ensuite, il faudra rendre l’aviation commerciale possible dans chacun des scénarios. Pour réaliser cette première étape, une conférence virtuelle réunissant les principaux acteurs du secteur serait un bon point de départ.

Une deuxième étape consisterait à mobiliser les experts du secteur pour élaborer et mettre en œuvre les lignes directrices qui, espérons-le, ouvriront la voie à la reprise.

La COVID-19 nous a pris au dépourvu. Raison de plus pour commencer le processus de reprise sur le bon pied.

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