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Investir en infrastructures en temps de pandémie : des experts se prononcent

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Des investisseurs en infrastructures, soit ceux qui investissent dans les ports, les chemins de fer, les aéroports et les autoroutes à péage, nous offrent leur point de vue quant à l’impact de la COVID-19 sur cette classe d’actifs.

  • Les effets de la pandémie sur les investissements en infrastructures diffèrent selon les secteurs
  • Les actifs en matière de transport résistent aux perturbations économiques
  • Le flux d’affaires et les processus transactionnels ont ralenti considérablement
  • Les investisseurs continuent de croire en leurs actifs
  • Les gouvernements doivent travailler avec les parties prenantes pour soutenir les infrastructures clés

Les infrastructures de transport ont toujours constitué une classe d’actifs attrayante. Elles offrent aux régimes de retraite et aux autres investisseurs des rendements à long terme fiables et souvent indexés au taux d’inflation.

Cependant, le coronavirus a eu des répercussions sur tous les secteurs de l’économie, notamment les infrastructures de transport, bien que certains actifs y aient résisté mieux que d’autres.

Nos conseillers Marc-André Roy et Daniel DiFilippo se sont entretenus avec des investisseurs en infrastructures dans le but de savoir comment la COVID-19 a influencé leurs stratégies d’investissement de même que les marchés financiers au niveau des infrastructures.

Quatre principaux constats sont ressortis de ces témoignages.

Les actifs jugés essentiels aux chaînes d’approvisionnement en matiède de transport et ceux présentant un faible risque au niveau de la demande continuent de se démarquer  

Bien qu’il ait ressenti les impacts de la pandémie, le commerce des biens et des marchandises demeure essentiel. Les actifs en matière de transport qui constituent des maillons essentiels des chaînes d’approvisionnement mondiales, tels que les terminaux à conteneurs et les installations liées au transport par camions, s’en tirent plutôt bien.

En revanche, les actifs dépendant largement du transport de passagers et des revenus qui y sont associés ont été les plus durement touchés.

Ce sont les aéroports qui ont le plus ressenti les conséquences de la COVID-19. La demande pour le transport aérien s’est pratiquement effondrée. Au Canada, par exemple, le trafic de passagers a diminué de plus de 95 % depuis le début du mois de mars 2020.

Les revenus générés par les autoroutes à péage ont aussi chuté. Les personnes qui se déplaçaient auparavant sur une base quotidienne travaillent maintenant de la maison. Notons cependant que dans certaines juridictions, les revenus se rapprochent des niveaux pré-COVID-19 en raison de la réouverture de l’économie.

Du point de vue de l’intérêt public, les différents ordres de gouvernement doivent reconnaître l’importance stratégique de ces installations. De plus, ils doivent travailler avec leurs opérateurs et investisseurs à soutenir leur relance à moyen et long termes.

Par exemple, les gouvernements peuvent identifier les installations importantes qui sont menacées de fermer de manière définitive.

Ils peuvent aussi travailler proactivement avec les parties prenantes pour leur offrir des prêts-relais ou d’autres formes de financement afin de les aider à se redresser.

La mobilisation de fonds, le financement et le flux d’affaires ont ralenti considérablement

Le financement de projets s’est évaporé au cours des derniers mois.

Les investisseurs avec lesquels nous avons parlé soutiennent que la mobilisation de fonds s’avère lente.

Et les processus transactionnels se font plutôt rares alors que les investisseurs se préoccupent de leurs actifs existants. Les restrictions en matière de voyage causées par la COVID-19 ont aussi ralenti les visites de sites et la tenue de réunions en personne.

D’autres secteurs connexes ont aussi ralenti, c’est notamment le cas pour les mandats de consultation et de diligence raisonnable.

Malgré tout, les investisseurs ont activement aidé les sociétés et leur portefeuille à accéder à du capital à court terme et à négocier des dérogations et des extensions pour assurer le service de leurs dettes.

Mais même dans la tourmente, les investisseurs n’ont pas vendu les actifs d’infrastructures les plus durement touchés par la pandémie. Faisant selon toute vraisemblance l’objet d’évaluations plus basses à l’heure actuelle, ces actifs pourraient fort bien offrir de solides rendements une fois que l’économie mondiale se sera stabilisée.

Soutenus par les parties prenantes, les grand projets d’infrastructure sont bien capitalisés

Les investisseurs ayant aisément accès à des fonds, soutiennent leurs actifs et les aident à traverser cette période difficile.

Règle générale, les grands projets d’infrastructure sont considérés comme étant bien capitalisés. C’est ce qui pourrait expliquer qu’il y ait eu peu d’actifs de premier plan être mis en vente ou éprouver de sérieuses difficultés financières.

Cela étant dit, des actifs du secteur de l’aviation et certaines autoroutes à péage qui dépendent largement du trafic de passagers, pourraient être acquis dans les mois et les années à venir si le financement devient problématique.

De tels actifs nécessiteraient probablement une restructuration majeure sur les plans financier et opérationnel, ce qui pourrait s’avérer une opportunité pour les investisseurs ayant du capital à déployer.

Les investisseurs en infrastructures expriment le désir de faire front commun pour s’adresser aux gouvernements et aux autorités 

Dans des moments comme celui-ci, faire preuve d’unité est primordial. Cela s’applique également au domaine des infrastructures.

L’infrastructure est un élément essentiel de notre monde interconnecté, et le capital privé en est l’un des importants catalyseurs. Dans l’intérêt de tous, les principaux investisseurs à forte capitalisation détenant d’importantes infrastructures doivent travailler ensemble pour favoriser le dialogue et élaborer des plans de relance avec les gouvernements et les autorités.

Les banques d’infrastructure pourraient aussi avoir un nouveau rôle à jouer en assumant une partie des risques liés à l’exploitation, à l’entretien et à la capitalisation des infrastructures.

Bref, le consensus parmi les investisseurs auxquels nous avons parlé est que les gouvernements ne laisseront pas d’actifs essentiels disparaître ou se détériorer.

À notre avis, laisser des actifs clés en matière de transport échouer engendrerait des conséquences économiques inacceptables. Ces conséquences viendraient du même coup freiner la relance économique.

Pour l’instant, il n’est pas clair de quelle façon les gouvernements entendent soutenir ces actifs, compte tenu du fait que les autorités doivent conjuguer avec des problèmes de premier ordre occasionnés par la pandémie.

À propos des auteurs 

CPCS est une société de conseil en gestion spécialisée en transport, en énergie et en partenariats public-privés.

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