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Une solution qui pourrait décongestionner les ports du Nigéria

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Un système de rendez-vous à distance pour camions-conteneurs aurait le potentiel d’éviter un autre cas comme celui des noix de cajou.

  • Environ 6000 camions font la file d’attente tous les jours pour accéder aux ports
  • La congestion coûte au Nigéria 19 milliards US par an
  • Un système de rendez-vous serait une solution économique

Embouteillages: obstacles à la croissance

En 2018, Bloomberg a rapporté que plus de 50 000 tonnes de noix de cajou d’une valeur de 300 millions US transportés dans des camions-conteneurs se sont mises à pourrir et n’ont pu se rendre au port de Lagos en raison d’un problème de congestion routière. Par conséquent, l’objectif d’exportation saisonnière de 260 000 tonnes n’a pas été atteint et cela a laissé les producteurs locaux sans contrat et travail.

Des embouteillages comme celui-là qui entrainent une perte d’argent sont monnaie courante au Nigéria. La Lagos Chamber of Commerce and Industry estime que la congestion des ports causée par les camions entraine des pertes annuelles de 1,65 milliard en recettes douanières et de 6,9 milliards en revenus.

Additionnez ces autres frais et les risques en matière de sécurité, et l’argent que perd le pays par l’entremise de ses ports s’élève à près de 19 milliards. Cela représente 5 % du produit intérieur brut.

« Décongestionner les ports améliorerait l’économie nigérienne et la qualité de vie des Lagossiens », soutient Vivek Sakhrani, conseiller-expert en transport à CPCS. « Mieux encore, cela permettrait de consacrer des ressources à des problèmes dans le secteur de la santé et l’éducation. »

Ce que disent les chiffres

CPCS estime que 16 000 camions-conteneurs entrent et sortent de Lagos chaque jour.

Plus précisément, environ 6000 d’entre eux font la file tous les jours pour accéder au port. Un camionneur attend environ de deux à six jours. Une congestion de cette ampleur signifie que seul un camion sur cinq conclut une transaction chaque jour.

La congestion aux alentours du port est tout aussi problématique. Nos recherches montrent que les camions roulent en moyenne à moins de 30 km/h lors de la première et dernière étape du trajet. Ainsi, les frais logistiques de cette étape coûtent aux expéditeurs environ 400 dollars par camion.

« L’économie du Nigéria croît rapidement et la congestion risque de s’aggraver si rien n’est fait », estime Vivek.

Comment décongestionner les ports?

Le Nigéria veut se débarrasser des embouteillages pour de bon, mais les efforts actuels n’ont pas encore porté fruit.

D’une part, le pays a essayé de miser sur le transport ferroviaire pour soulager ses ports sous pression. Mais il y a un autre obstacle. Son réseau ferroviaire, long de 3 505 kilomètres, n’a pas été bien entretenu depuis le Nigéria en a hérité en 1960.

Puisque le transport par voir ferrée au Nigéria continue d’être amélioré, il ne peut pas servir d’alternative au transport routier. Or, ce n’est pas la solution à court terme dont le pays a besoin.

Une autre piste de solution est d’améliorer les infrastructures routières. Soit d’élargir les routes autour de la zone portuaire et réparer les nids de poule.

Mais le hic c’est que de tels travaux de construction risquent de perturber la circulation et ne feront qu’aggraver la situation actuelle. Selon des experts, de meilleures routes signifient simplement encore plus de camions pour les quatre ou cinq prochaines années. 

Ouvrir d’autres ports afin de réduire les activités du complexe portuaire de Lagos n’est pas non plus à l’ordre du jour. En fait, ces ports ne peuvent pas accueillir les plus gros navires qui accostent régulièrement au complexe.

Comment se tourner vers les technologies de l’information et des communications (TIC)

« Vu l’absence de solutions immédiates, la meilleure voie à suivre pour l’instant est celle des TIC », affirme Vivek.

Les TIC sont un gain rapide que les décideurs politiques nigériens peuvent envisager dès maintenant.

Actuellement, les camions-conteneurs font la queue pendant des kilomètres en attendant qu’on leur indique qu’ils peuvent charger ou décharger leurs marchandises. Pendant qu’un camion est mobilisé, les autres attendent leur tour sur la voie rapide.

En réalité, nul besoin que ces camions attendent sur la route et entravent la circulation. Il est possible de les garer en grand nombre et de les appeler au besoin.

Un système de rendez-vous pour camions ou « Truck Appointment System ou TAS » pourrait être envisagé. Il s’agit d’un outil de planification automatisé qui confirme aux camionneurs qu’ils peuvent se présenter aux portes du port.

Avec un grand stationnement pour accueillir les camions qui sont en attente, ce système de rendez-vous pourrait désengorger les routes autour de la zone portuaire. Il permettrait aussi d’économiser du temps et de l’argent et de réduire les émissions de gaz à effet de serre. 

Le port de Manille : un exemple de réussite

Une recherche de CPCS sur le port de Manille aux Philippines montre qu’un tel système de rendez-vous fonctionne.

Depuis la mise en place de cet outil automatisé, le port philippien a vu ses transactions commerciales bondir de 25 % pendant les périodes de pointe. Le temps d’immobilisation des camions a aussi chuté de 130 à 100 minutes. Encore mieux, ces progrès ont été réalisés sans stationnement.

Autrement dit, ce système de rendez-vous a le potentiel d’aider le Nigéria à réaliser des gains encore plus importants si les camionneurs peuvent avoir accès à un espace de stationnement assez grand.

CPCS estime que ce système améliorerait la rapidité des transactions commerciales dans les ports, ce qui permettra d’économiser environ 1 200 dollars par camion. Bref, des opérations plus rapides promettent aussi d’éliminer au moins un million de tonnes de gaz à effet de serre.

Pourquoi cette technologie est-elle si avantageuse?

D’une part, elle sans doute la plus rentable par rapport aux autres options d’infrastructure.

D’autre part, l’équipement technologique de base déjà en place est suffisant pour soutenir le système de rendez-vous. De plus, le Nigéria dispose déjà d’une grande surface plane au port de Tincan qui peut être convertie en espace de stationnement et qui se trouve à côté du complexe portuaire de Lagos.

« C’est logique d’un point de vue logistique et économique », précise Vivek. « Mais il revient à la direction du port de développer et veiller à l’application des règlements. »

À l’avenir

Parmi toutes les pistes de solutions que le gouvernement nigérien peut mettre en œuvre, le TAS ou système de rendez-vous à distance, il s’agit de la plus rapide et la plus rentable à court terme.

Le Nigéria doit continuer de moderniser son réseau ferroviaire, ses routes et ses ports. Il est nécessaire d’investir dans ces secteurs d’infrastructure alors que le pays continue de se développer.

Mais pour l’instant, tentons d’éliminer les embouteillages.

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